- La 118e flottille de dragage fut créée au début de 1942. Cette flottille était composée de dragueurs d'un nouveau type, destiné à remplacer les chalutiers à coque d'acier trop vulnérables pour le dragage magnétique. Ces dragueurs appelés "motor minesweepers" (MMS) entrèrent en service de plus en plus nombreux pour atteindre en 1944 le nombre de 221.
Je me trouvais à l'Ecole d'Artillerie de CHATHAM, en avril 1942 lorsque je reçus ma nouvelle affectation. Je devais effectuer un séjour à l'école de dragage « H.M.S. Lochinvar « à Port Edgard, près d'Edinburgh pour me rendre ensuite à Peter Head et y prendre le commandement du dragueur MMS 188.
J'avais demandé à servir sur les corvettes et je dois avouer que l'idée de faire du dragage de mines ne répondait pas à mes aspirations.
L'AMIRAUTÉ en ayant décidé ainsi, j'acceptai avec une certaine nostalgie mes nouvelles fonctions.
Je me présente donc un certain matin au NOIC (Naval Officer in Charge) de Peterhead en Ecosse où j'apprends que mon bâtiment est en armement au chantier naval J. Nobel, à Fraesburgh, petit port situé à l'entrée du Moray Firth.
Arrivé à FRAESBURGH, j'ai le plaisir d'être accueilli à la gare par le Sous-lieutenant STEENS qui venait également d'être désigné pour le 188 en qualité de ter Lieutenant. Je l'avais déjà rencontré en 1941, alors qu'avec d'autres anciens cadets du "MERCATOR" il faisait son entraînement militaire à "HMS Royal ARTHUR" où je servais en tant qu'officier de liaison belge à l'E.M. de cette base.
Tout comme l'équipage, je m'installe chez l'habitant. Je fais connaissance avec cet équipage, le lendemain de mon arrivée, à FRAESBURGH, en me rendant à bord du NUIS 188. Ce petit dragueur en bois, de forme peu commune, me donne l'impression d'un lourd sabot. A l'avant, se trouve une poutre en A (A. FRAME) surmontée d'un bruiteur. Ce dernier sera remplacé heureusement en 1943/44 par un bruiteur suspendu sous la coque. Plusieurs membres belges de l'équipage, alors composé de personnel britannique et belge, sont passés à la Force navale belge. Je cite ici le chef mécanicien VOLLEMAERE actuellement pensionné et le signaleur DEPIERE qui y est devenu CPC; l'électricien BAUWENS C. et le leading gunner GOOSSENS A.
Le 1er Lieutenant et l'équipage anglo-belge sont affairés à l'armement du dragueur et il est étonnant de voir le nombre d'objets et de pièces de rechange qui s'y engouffrent.
Vient enfin le moment des essais de réception à la mer, suivi du départ pour HARWICH via ABERDEEN, BLYTHE et INNINGHAM. A partir de ce dernier port, il est interdit de naviguer isolément, à cause du nombre élevé des attaques aériennes et des nombreuses incursions des "E. Boot" (Vedettes rapides allemandes), dans le secteur.
Nous nous joignons donc à un convoi, au large de la rivière HUMBER, et arrivons au petit matin, au large d'HARWICH. Nous entrons dans les eaux qui, pendant des années, seront notre terrain de chasse. Nous croisons un groupe d'MMS sortant d'HARWICH qui nous souhaite la bienvenue par message visuel.
Arrivant dans la rivière STOUR nous nous amarrons à PARKESTON QUAY.
L'aspect de cette base, que je n'ai plus vue depuis avant la guerre, est complètement changé.
A quai, nous sommes reçus par les Lt Commander RNR, STANHOPE, chef des opérations et SHEPHERD, commandant la 118e flottille, à laquelle nous appartenons dorénavant.
Je me présente ensuite au Captain M/S (Captain Minesweepers - Capitaine de vaisseau commandant la base de dragueurs.), le Captain D.P. EVANS, R.N. au Commander NELSON, R.N., son Chef d'Etat-major et au Lt Commander POLHAMPTON, R.N., maintenance commander.
Tous viennent ensuite à bord du 188 et nous apprenons ainsi quelle sera notre vie, au sein de cette grande base navale.
Pour les opérations, départ en principe vers 5 h du matin, retour vers 19h00 ou bien ancrage au large, à moins qu'un dragage de nuit ne soit ordonné. Tout ceci en corrélation avec les heures de passage des convois. Les chenaux doivent être dragués chaque fois avant l'arrivée du convoi. Les flottilles se relèvent ainsi régulièrement. Ces convois passent en principe quatre fois par jour, 2 en direction Nord (North bound convoy) et 2 en direction Sud (South bound convoy).
Quant au séjour au port, en semaine l'équipage s'occupe d'abord des travaux d'entretien, de propreté et de réparations (dragues, machines, installations électriques, etc.), se consacre ensuite au ravitaillement, à l'entraînement à terre suivant chaque spécialité, à l'entraînement au Dome Teacher, aircraft recognition, gaz, etc... sans compter les corrections et échanges des documents classifiés, cartes, etc...
En ce qui concerne le dimanche passé au port, la matinée est consacrée aux inspections, divisions et service religieux, l'après-midi libre.
Notre secteur va de la latitude de LOWESTOFT au Nord, à celle de BURNHAM au sud et s'étend vers le large suivant les nécessités.
Je dois avouer que l'accueil chaleureux, qui nous est réservé, et le bon esprit, qui règne parmi tout le personnel de cette base, m'ont réconcilié avec le dragage. D'autant plus que, quelques jours après notre arrivée, nous entrons en opération avec les MMS 187 et 193 et, dès le premier jour de mer, au cours d'une opération de nettoyage dans le Wallet, trois mines, suivies quelques jours après d'une quatrième, viennent récompenser notre travail.
Comme il est de coutume de marquer la cheminée d'un trait noir pour chaque mine draguée, l'équipage est tout fier de peindre les marques de cet exploit qui fait que nous ne sommes déjà plus complètement des novices.
Il faut noter que ces premiers succès ne se répètent pas tous les jours et nombreuses sont les opérations au cours desquelles aucune mine n'explose.
Régulièrement les dragueurs passent à la Base de mesure magnétique pour y contrôler la signature magnétique. Ce "range" est situé dans une petite baie de la STOUR, située entre HARWICH et PARKESTON QUAY.
A HARWICH, sont basés des destroyers (1), des corvettes (2) et un nombre imposant de dragueurs de mines de différentes classes. Tous ces navires sont chargés de la protection de la côte Est de Grande Bretagne et, en particulier, d'assurer le passage aux très nombreux convois venant des États-Unis et se dirigeant vers LONDRES, après avoir doublé les Îles britan-niques, par le Nord.
Plusieurs de ces destroyers ont participé à l'attaque contre le SCHARNORST et le GNEISENAU, dans le Sud de la Mer du nord, lors du passage de ces navires de BREST à WILHEMSHAVEN ils viennent à peine de panser leurs blessures.
Les corvettes, d'un type d'avant guerre, furent rendues célèbres par un livre de MONSÉRRAT "EAST COAST CORVETTES". Ces dernières, escortent chaque convoi allant vers ou quittant la Tamise.
De plus, à l'embouchure de la rivière STOUR un nombre imposant de MTB (3) et de MGB sont basés à FELIXTOWE.
Parmi les dragueurs, se trouvent un certain nombre de gros chalutiers militaires chargés du dragage des mines ancrées, de la couverture radar des chenaux et de l'escorte de convois. Quand nous arrivons, à HARWICH, les pertes, parmi ces derniers, ont été sévères. Rien que dans le secteur, 22 bâtiments avaient déjà été perdus et, avant la fin des hostilités, la liste s'allongera encore. Ils sont une proie facile pour les vedettes rapides allemandes, car ils sont souvent employés à patrouiller de nuit. Pour la plupart sans radar, ce n'est que par l'ouïe et la vue qu'ils peuvent détecter l'approche de l'ennemi.
(1) entre autres HMS MACKEY, WORCESTER, WALPOLE, WHITSHED.
(2) entre autres HMS MALLARD, KITTIWAKE, PUFFIN, WIDGEON, SHELDRAKE , GUILLEMOT, SHEARWATER, KINGFISHER.
(3) MTB : MOTOR TORPEDOBOAT (Vedettes rapides britanniques qui poussent des attaques jusque sous la côte ennemie.
MGB : motor gunboat.
Malgré les nombreuses attaques aériennes et les mouillages de mines dans le secteur, par des avions et des vedettes de la Kriegsmarine, l'esprit d'équipe reste excellent parce que chacun sait qu'il fait de la besogne utile et nécessaire, au sein d'une grande famille.
De plus, pour les dragueurs, l'esprit de compétition joue un grand rôle et c'est à celui qui aura le plus grand nombre de mines détruites à son actif.
Bien souvent, ces sorties seraient monotones si nous n'avions à faire à de nombreuses alertes aériennes et autres.
En août 1942, nous participons, en compagnie de tous les MMS, de dragueurs océaniques et les bâtiments de défense anti-aérienne, au nettoyage d'un chenal, à l'Est des Goodwins, en direction de la côte française.
Le jour de notre départ pour cette opération, nous croisons, en sortant du port, le MMS 191, nouveau dragueur construit et commissionné le 11 juillet à MAC DUFF, également en Écosse, Comme le 188, il est commandé par un Belge, le LDV CEULEMANS et a un équipage anglo- belge.
Il faut dire que ces équipages mixtes ne nous donnent aucun ennui l'entente angle-belge est vraiment parfaite.
Le travail, souvent fastidieux, se poursuit de jour et de nuit et l'hiver arrive rendant, par les périodes de gros temps et de froid, le travail encore plus pénible. Les MMS sont durement secoués et l'eau s'infiltre un peu partout, malgré les calfatages répétés effectués par le personnel des ateliers des chemins de fer britanniques, personnel employé, en temps de paix, aux réparations des paquebots de la ligne HARWICH-HOEK VAN HOLLAND.
Le chef de ces ateliers est un bon vivant et l'on obtient de lui beaucoup plus avec quelques verres de whisky qu'avec des bons de travail !
Le nombre des attaques par E. Boot (vedettes rapides allemandes), est toujours très élevé et les défenses, vers le large, composées de destroyers, de MTB, de MGB et de Trawlers ont fort à faire.
Les pertes parmi les bâtiments d'HARWICH, ainsi que parmi les navires des convois, sont toujours élevées et le secteur d'HARWICH est certainement un des secteurs de'l'E. Boot alley" (1), où les épaves sont les plus nombreuses.
Il y flotte souvent des objets les plus hétéroclites provenant des cales de navires torpillés ou minés.
Un jour, nous repêchons d'énormes roues de fromage canadien, en Crêtes. Nous sommes tenus de les remettre à la douane qui nous en laisse une. Nous avons, ainsi, mangé du fromage pendant bien longtemps.
Un autre jour, un navire, chargé de grands barils de Guinness, a été torpillé. La mer est jonchée de ces barils et les équipages en attrapent une soif intense. Malheureusement ou heureusement, faute de moyens adéquats et de temps et à cause de la forte houle qui régnait ce jour là, aucun baril ne peut être repêché.
Notre tableau de chasse aux mines grandit, petit à petit, au grand plaisir de tous. Tous les six mois chaque bâtiment subit une révision de moteurs, suivie d'un carénage, à IPSWICH. Pendant ces travaux, une permission de 8 jours est donnée à tout l'équipage qui en a bien besoin,
Au port, la vie n'a rien d'attrayant. Toutes les nuits, les alertes se succèdent et il est rarement possible de dormir avant 1 ou 2 heures du matin et bien souvent, nous quittons déjà le port, dès 5 heures.
Pourtant quand on revient d'une opération jusqu'à LOWESTOFT, après avoir passé la nuit dans ce port, HARWICH donne un sentiment de sécurité.
Cette dernière base est bien défendue par des ballons et par un nombre imposant d'armes anti- aériennes installées à terre et surtout grâce à l'artillerie AA des dizaines de navires qui y sont amarrés.
A LOWESTOFT, au début, les attaques aériennes se succèdent jour et nuit. La protection offerte par les ballons n'existant pas, les avions allemands volent parfois en rase-mottes entre les estacades pour attaquer le port et la ville. Le hurlement des sirènes de début et de fin d'alerte se succèdent continuellement. L'aspect de la ville y est du reste à l'avenant.
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(1) Les eaux de la côte est de Grande Bretagne et spécialement du SE étaient ainsi appelées à cause des attaques incessantes des vedettes allemandes (E. BOAT ALLEY).
Il y a cependant à HARWICH, quelques distractions pour les équipages. Un cinéma est installé dans un hangar de la gare maritime et l'on y donne 2 séances par soirée. Il y a aussi les cantines.
En ville, à DOVERCOURT et HARWICH, à part les pubs et le club des officiers de MICHLESTONE, les distractions sont inexistantes.
Le Noël et le Nouvel An arrivent et chacun pense davantage aux siens, là-bas en pays occupé. Heureusement, les messages de la Croix Rouge nous donnent de leurs nouvelles, mais parfois avec un an de retard.
Texte Neptunus